Placée sous le signe de la dualité, chronique partagée (dans tous les sens du terme) des 2 albums de la semaine.
AIR tout d'abord. Love
2, sixième album du duo versaillais (je n'avais pas compté
le superbe Virgin suicides), se devait de remettre les pendules à
l'Air après un Pocket symphony tout juste passable, en étant
indulgent. Do the joy s'en acquitte en 3 minutes
acidulées. Bon début ! Love confirme sur le bout des
lèvres en moins de 3 minutes (la concision leur va de mieux en
mieux). Le premier pic du disque suit ce tandem de petites perles :
So light is her footfall est un concentré classique du
savoir-faire d'Air, une chanson douce où la voix sans effet de
Jean-Benoît Dunckel fait merveille, un rêve de velours concis
rejoint plus tard par le délicat Heaven's light, sur un
mode encore plus... aérien, et le single Sing sang sung.
Brièveté toujours : le ludique dyptique Be a bee et
Eat my beat (maîtrise incontestable de l'allitAIRation)
accélère le tempo avec malice, conduit par Joey Waronker à la
batterie (unique intervenant extérieur), judicieusement réparti (4e
et 10e positions) pour faire oublier les longueurs de Love
2. Car tout ici n'est pas rose. Placé après le très beau
Missing the light of the day, titre qui manquait
cruellement à Pocket symphony, le joli mais trop long Tropical
disease illustre dans son final un problème désormais
récurrent chez Air : sa gestion maladroite des fautes de goût (ici
un solo de guitare superflu), auparavant parfaitement négociée (cf.
10,000 hz legend). Car Love 2 comporte aussi ses
grands moments de solitude... Night hunter, You can
tell it to everybody et African velvet (aux plates
syncopes très... Radiohead !) redonnent ses lettres de mollesse à
un genre tombé en désuétude depuis la fin du trip-hop : la musique
d'ascenseur ! Ce n'était pas indispensable. Bilan : Pocket symphony
était aux 2/3 raté, Love 2, bien moins monotone,
est à 1/2 réussi. C'est mieux ! www.myspace.com/intairnet
Quel plaisir de retrouver les KINGS OF
CONVENIENCE ! D'autant que Declaration of
dependence nous les rend comme neufs : rien n'a bougé dans
le décor et c'est tant mieux ! Le duo formé par Erlend Oye et Eirik
Glambek Boe, Norvégiens comme leurs noms l'indiquent, offre aux
impatients 13 chansons qui ont de quoi calmer les plus nerveux
d'entre eux. Mélodies lumineuses, guitares légères livrées le plus
souvent à leur seule agilité (un piano par ci, un alto, une
contrebasse par là, à peine), voix douces et jumelles : la formule
est inchangée. Les moments de grâce abondent : Me in you,
Freedom and its owner, Boat behind, évoquant le
songwriting d'un Michael Head (Pale Fountains, Shack), la bossa
boisée de Mrs. Cold, le final Scars on land... Je
pourrai citer chaque chanson de ce disque au charme discret,
addictif, digne des plus simples réussites de duos 60's à la Simon
& Garfunkel ou Chad & Jeremy. Ce qui n'est pas un mince
compliment ! Avec peu, les Kings Of Convenience font
beaucoup. On parle souvent d'artisanat pour
qualifier l'oeuvre des maîtres ès chansons tendres et guitares en
bois. Les Norvégiens l'élèvent ici au rang d'art majeur. www.myspace.com/kingsofconvenience
En bref : art majeur et Air mineur. Faites votre
choix ! Ou ne choisissez pas !

